mercredi, 25 octobre 2006
A la table de Margarita Barrientos
Un peu d'Argentine, même si je suis encore au Brésil.
Car si l´économie argentine remonte la pente depuis 2001, rien ne change vraiment pour les plus démunis. Dans le quartier de Flores, la fondation de Margarita Barrientos sert chaque jour 1.500 repas.
Le visage rond bienveillant entouré de longs cheveux noirs d’Indienne, Margarita Barrientos n'est de ces femmes qui ne se laissent pas abattre (Photo de Yann Maury Robin). Mère de dix enfants, cette Argentine a agrandi sa modeste maison et remué ciel et terre afin d’ouvrir une cantine gratuite pour les pauvres. Sa fondation distribue 1500 repas par jour dans le quartier délabré de Villa Soldati, au sud de la capitale Buenos Aires. "Nous avons commencé il y a presque dix ans" se souvient-elle, assise sur un des nombreux bancs de bois du comedor (salle à manger, en espagnol). "Avec mon mari, nous avons réalisé qu’il y avait des gens beaucoup plus pauvres que nous et qu’ils fallaient les aider".
"Rien n’a changé depuis la crise"
Dans la grande salle à manger bleu turquoise surmontée d’énormes ventilateurs, les convives sont cartoneros, ces recycleurs de cartons qui gagnent 2 euros par jour, ou survivent grâce aux changas, les petits boulots au jour le jour. Devant les cuisines, Margarita précise :"le matin, les enfants peuvent profiter d’un petit déjeuner avec du lait chaud et trois gâteaux".
Lors de la crise économique qui a frappé de plein fouet l’Argentine en 2001, des centaines de lieux comme celui-ci ont pris le relais d’un Etat incapable d’aider ceux qui n’avaient même plus de quoi se nourrir. Depuis, le pays semble avoir redressé la barre. La croissance a atteint 9% l’année dernière, une performance que le pays devrait réitérer cette année. Mais ces soupes populaires représentent toujours un chaînon social indispensable pour les familles défavorisées. "Si les choses ont changé, c’est pour les classes moyennes et aisées mais pas pour ceux qui doivent vivre au jour le jour comme nous", estime Margarita.
Une salle d’études convertie en clinique vétérinaire
Pour découvrir la vraie fierté de cette femme et de son mari Isidro, il faut franchir dans leur sillage une ruelle en terre. Là, un centre médical équipé de deux chaises de dentistes et même d’un échographe se charge de la santé des plus faibles. Des médecins bénévoles assurent des rondes la semaine. Au fond de la cour, les personnes âgées peuvent se reposer au chaud autour d’une petite télévision en couleur. Une fois gravi un petit escalier métallique, on découvre également une bibliothèque truffée de livres pour enfants et une petite pièce qui sert de salle d’études. "Les jeudis, on la transforme en clinique vétérinaire pour chiens et chats" , sourit Isidro. Enfin, la chambre des filles du couple fait office de crèche le jour pour une quarantaine d’enfants âgés de 0 à 4 ans. Margarita est comme une mère pour chacun d’entre eux.
"Nous avons vendu une voiture pour construire les murs du centre de santé", raconte l’humble femme. Signe de clientélisme, certains responsables politiques ont proposé de l´aider davantage à condition de récupérer la fondation pour leur chapelle. Elle les a envoyés promener. Grâce à des donations privées, des dizaines de convives sans le sou ont pu festoyer joyeusement à Noël dernier. Pas moins de 400 poulets et 700 kilogrammes de chorizo ont été achetés pour l’occasion. Lorsqu’on lui demande le secret de tant de courage, Margarita réplique : "Bien sûr que j’ai la foi ! Nous, les pauvres, nous avons toujours de l’espoir."
Olivier Ubertalli
19:45 Publié dans On the road/on the street | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





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